Qui était Marthe Dupeyron ?

Qui était Marthe DUPEYRON ?

Marthe DUPEYRON était née le 23 juillet 1919 à CHASTANIER, de parents instituteurs à ROCLES.

A douze ans, Marthe obtint son certificat d’études et entra au cours complémentaire de Langogne, qu’elle quitta en 1937 pour l’Ecole Normale de Mende.

Au mois d’octobre 1940, Marthe gagna son premier poste d’institutrice, pour y remplacer le titulaire, prisonnier de guerre. C’était la VAISSIERE, hameau accroché au flanc du Mont Lozère entre le col de MONTMIRAT et le PONT DE MONTVERT, à plus de 1200 mètre d’altitude. Ce poste, l’auteur de « tourmente sur le Causse » l’a décrit : « une grange sans lumière, aux planches disjointes, grossières », pour la salle de classe. Quant au logement de l’institutrice : « deux pièces minuscules, au sommet d’un rude escalier, un seul trou d’aération et de lumière (de 40 sur 60 cm) dans la cuisine ».

Etait-il raisonnable, même si les hivers ne sont guère plus cléments sur le plateau de ROCLES que sur le MONTMIRAT, de projeter une jeune fille de 21 ans dans une telle solitude ? Par bonheur sa gentillesse dont le souvenir n’est pas encore effacé dans le cœur de ses élèves, lui ouvrit rapidement les portes des fermes voisines et l’accès au « cantou » pour les veillées de famille.

Aux vacances scolaires de Noël, Marthe rejoignit sa mère et ses sœurs à ROCLES, par un temps sec mais beau. Dans la nuit du 31 décembre, ce temps changea brusquement : la neige la neige se mit à tomber et le froid devint glacial. On peut imaginer le temps qu ‘il fit sur nos montagnes, quand on songe que l’express Marseille – Bordeaux resta immobilisé plus de vingt heures à quelques lieues de la gare Saint Charles.

En Lozère le chasse-neige déblaya les principales artères et le 2 janvier 1941 le chauffeur du car Langogne – Mende décida d’assurer son service. C’était le point de départ d’un enchaînement de circonstances qui firent croire à Marthe que l’impossible devenait possible ; elle pourrait ouvrir son école, comme l’exigeait son devoir, ce matin du vendredi 3 janvier. Elle arracha l’autorisation de prendre ce car. Pierrette tint à l’accompagner.

A Mende, un taxi accepta de les conduire jusqu’à MONTMIRAT. La route de la VAISSIERE n’était pas dégagée ; il fallait bien « caler » et se résoudre à rester au chaud sous le toit de l’auberge. C’est alors que le destin implacable fit se présenter M. PORTALIER, qui venait du CHOIZAL et se rendait aux BADIEUX ; elles décidèrent de partir avec lui. M. PORTALIER, d’après le correspondant de « La croix de Lozère », les invita à chercher aux BADIEUX un gîte pour la nuit, car le jour déclinait. A deux kilomètres de l’école, en terrain connu, elles préférèrent continuer. Elles ne devaient pas être loin de la VAISSIERE lorsque survint la tourmente.

Ce terrible fléau des hivers lozérien s’abat à l’improviste, il provoque le presque totale paralysie des sens et d’abord fait perdre le sens de l’orientation. Nos pères ont tenté d’en prévenir les effets en utilisant des moyens plus touchants qu’efficaces ; on prolongeait longuement la volée qui suivait le tintement de l’angélus ; on construisait un clocher dans les hameaux pour faire entendre que le secours était là…, alors que les victimes succombaient parfois à quelques pas de leur porte.

Comment la mort vint-elle frapper nos deux héroïnes soeurettes ? Voulurent-elles s’arrêter un instant pour changer de bas, comme le rapporte le journal local ? Ou reprendre quelques forces ?

Le 5 janvier, deux hommes des Bondons, parmi ceux qui les cherchaient, découvrirent les deux corps recroquevillés, se tenant par la main et recouverts de glace, au pied d’un arbre, dans un boqueteau de la colline de COLOBRIERES. Le médecin diagnostiqua une congestion. Il est possible qu’elles aient pris pour la bonne route, parce qu’il y avait des vestiges de pas, un raccourci tracé par le tracteur. D’autre part, le phénomène est bien connu ; les personnes qui marchent dans la neige, la nuit tombée, tournent en rond.

Le syndicat des instituteurs a fait élever un très digne monument à la VAISSIERE, bien signalé au col de MONTMIRAT ainsi qu’au PONT DE MONTVERT. A Langogne, le collège Marthe DUPEYRON, rappelle aux jeunes générations de quel courage et de quel dévouement était trempé le cœur de cette institutrice qui s’acharnait à conserver la flamme de ces phares que furent, pour la Lozère, les écoles de ses hameaux.

Privat BUFFIERE